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Pierre Jamet

Pierre Jamet est né en 1910 dans une famille modeste ;  fils d’un charcutier de la rue Mouffetard à Paris.

Depuis l’enfance, deux passions l’animent : la chanson et la photographie. Après un passage dans la marine nationale en 1930, et tout en gérant une colonie de vacances à Belle-Île-en-Mer, de 1930 à 1939, il s’établit dès 1935 comme photographe professionnel et réalise notamment des reportages pour l’hebdomadaire Regards. Simultanément, il chante dans la chorale de l’Association des Artistes et Écrivains Révolutionnaires et participe activement, sous le Front Populaire, au mouvement des auberges de jeunesses.

En 1943, Pierre Jamet entame une carrière de chanteur avec le quatuor vocal Les Quatres Barbus. Un bon quart de siècle passé en chansons à travers la France et le monde. Pour autant, sa passion pour l’image ne le lâche pas et s’enrichit de ses fréquents voyages et des nombreuses rencontres liées à son activités musicale.

Pierre Jamet meurt à Belle-Île-en-Mer en 2000.

Quelques mots de sa fille Corinne Jamet

Festival Photo l’Homme et la Mer : Qu’est ce qui à amené votre père à la photographie ?

Corinne Jamet : C’est la passion. Mon père a eu une enfance difficile. A l’âge de 8 ans, il a été sollicité pour entrer dans la troupe des Eclaireurs de France laïque du lycée Henri IV dans laquelle il est resté jusqu’à ses 15 ans. Ca a été libérateur, son milieu familial était pesant avec un père boucher et une mère malade. Après la mort de son père en 1924, il a commencé la photographie. Dans les semaines qui on suivit il a été envoyé à la réunion des scouts au Danemark pour chanter des chansons françaises, sa seconde passion. C’est à ce moment qu’il s’est acheté son 1er appareil photographique. Il a été attiré par la photographie à l’âge de 14 ans, en 1924 qui est une époque où ce n’était pas courant de pratiquer cette activité si jeune.

FP : Ca vous fait quoi d’exposer le travail de votre père ?

C.J : Ca fait 10 ans que je m’occupe de ses photos, ce qui n’était pas dans mes habitudes car j’avais un métier très éloigné et différent. Je n’avais jamais parlé des devenirs des photos avec mon père. Il était très attaché à ses photos, il s’en occupait beaucoup. Dans le fond de lui-même, je pense qu’il aurait mal supporté que quelqu’un d’autre entre dans sa vie privée. Au début, quand j’ai commencé à les numériser et à les nettoyer sur Photoshop, j’ai eu des moments de culpabilités du faite de rentrée dans son intimité.  Puis, avec  l’habitude,  les sentiments ont diminué. Mais la tristesse est apparue lorsque ses photographies on commencées à être exposées dans des lieux importants : les rencontres d’arts, le musée de la photographie de Moscou, j’étais très contrariée du faite qu’il ne soit pas là pour voir ses œuvres et observer comment son travail est apprécié.

FP : Comment en êtes-vous venue à vous occuper de la collection de votre père ?

C.J : Quand il est décédé en 2000 les photos étaient dans son appartement, ma mère était encore là donc je n’ai pas touché à ses affaires. A l’époque, je travaillais et je n’avais pas vraiment le temps. Vers 2009, 10 ans après sa mort, il y a 2 choses qui m’ont poussé :

La première c’est qu’il y a eu une grande exposition de Willy Ronis à l’Hôtel de Ville de Paris, je suis allé la voir et je me suis dit qu’il y a vraiment une parenté entre le travail de Ronis et celui de mon père.

La deuxième chose est que de son vivant, il y a eu une exposition organisée par la Fondation Nationale de la Photographie. C’est une institution qui n’existe plus aujourd’hui. Quand elle s’est terminée, les photographies qu’elle possédait ont été récupérées par la grande bibliothèque de Lyon. 200 photos de mon père sont à présent dans leurs archives. Une dame qui travaillait pour la fondation est devenue responsable des collections à Par-Dieu. Elle connaissait très bien mon père. Elle m’a contacté car  la bibliothèque souhaitait récupérer ses fonds photographiques. Mais je lui ai dit qu’il était trop tôt, que je voulais d’abord regarder un peu plus ce qu’il y avait là dedans. Au début je ne s’avais pas comment m’y prendre. Mais  je me suis renseigné, j’ai appris, j’ai questionné et réfléchie et je me suis amélioré sur la numérisation.

FP : Ce n’est donc pas une passion que vous avez partagé avec votre père ?

C.J : Non, mon père a essayé à plusieurs reprises de m’immiscer à la technique photographie, il avait un labo, j’ai souvent été dans la chambre noire mais j’étais réticente et je n’ai pas vraiment appris. Néanmoins quand j’étais adolescente, à la maison il y avait beaucoup de photos. C’est cette éducation photographique involontaire qui me permet maintenant de faire ce travail.

FP : Qu’elles sont les autres séries que votre père à réalisées ?

C.J : Mon père ne vivait pas de la photographie. Une période avant guerre, il a été photographe professionnel, il a gagné un peu de sous en vendent ses photos, mais il se trouve que à partir de 1943, toujours à cause de sa 2ème passion, il a été intégré dans un quatuor vocal qui est devenu les « 4 Barbus » après la guerre, et c’est comme ca qu’il a gagné sa vie. Il a fait de la photographie toute sa vie mais c’était pour lui, aux grés de ses envies et de ses voyages. Les photos peuvent donc rentrer dans une série comme dans une autre.

2 livres de Pierre Jamet : « Belle-île en Mer 1930 – 1960 » et « 1936 Au-devant de la vie » sont disponibles à la l’Espace Noroît, 37 Rue Raymond le Corre.

BELLE-ÎLE-EN-MER

C’est en été 1929 que l’aventure l’attend à Belle-Île-en-Mer, où il débarque pour quelques jours de camping. L’île est encore quasiment vierge de toute évolution liée au tourisme et Pierre Jamet, déjà adepte de la vie au grand air, s’éprend de ce lieu. A Grand Village où il campe, il se lie d’amitié avec les responsable d’une colonie de vacances implantée de puis dans le village. Dès 1930, il se ra engagé chaque été comme moniteur, puis en deviendra directeur de 1936 à 1939.

Très vite, Belle-Île-en-Mer et ses habitants deviennent un de ses sujets de prédilection. Il dresse le portrait d’une société en voie de disparition, celle des habitants paysans ou pêcheurs de cette île où la modernité, empêchée par la mer, n’a encore apporté ni ses bienfaits ni ses ravages.

Il photographie aussi les enfants de cette colonie progressiste qu’il encadre l’été, et qui profitent pendant leur vacances d’une expérience épanouissante unique bien à l’opposé de ce que vivent simultanément à Belle-Île les enfants de la maison de redressement.

Depuis 2009, la production de Pierre Jamet est enfin présentée au public. Deux expositions de stature internationale – l’une au Musée de la Photographie de Moscou et l’autre aux Rencontres d’Arles en 2013 – ont enfin apporté à ce photographes une reconnaissance bien méritée;

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