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Pierre Gély-Fort

Pierre Gély-Fort, français né à Alger, expatrié dans différentes parties du monde durant plus de 25 ans (Asie, Europe de l’Est, Scandinavie) a suivi une formation aux Gobelins et des Workshops avec Klavdij Sluban.

Il s’est dédié totalement à la réalisation de livres d’auteur, à la suite de sa rencontre avec Agathe Gaillard. Il est passionné et inspiré par la photographie couleur et l’histoire artistique des Films analogiques couleurs qui inspirent son travail.

THE DARK LOVE BOAT

Miami Beach, son port, capitale mondiale des croisières avec plus de 5 millions de passagers par an. Là commence l’histoire du plus grand paquebot du monde le «Symphony of the Seas» fabriqué en France.
Quand les chantiers de Saint-Nazaire annoncèrent en avril 2018 la mise en service de ce monstre des mers avec près de 9.000 personnes à bord, j’étais dans les starting-blocks !
Après un galop d’essai en Méditerranée d’avril à octobre 2018 le paquebot géant rejoint sa destination initiale et finale Miami Beach, pour une croisière américaine vers les Caraïbes.
Parodiant « La Croisière s’amuse » série TV américaine culte aux 270 épisodes diffusés en France dans les années 80 et début 2000, cette série-photos s’intitule « The Dark Love Boat » issu du titre américain original « The Love Boat ».
Extraite du livre-photos de 87 images auto-édité du même nom, cette série donne un point de vue d’auteur sur la vie de croisière de la middle class supérieure américaine d’aujourd’hui.
Elle explore et interroge surtout l’existence ou l’inexistence du lien entre le croisiériste, sa vie à bord, et la mer.
Mars 2019, en tongs / maillot de bain ou en smoking partageant jour & nuit les activités des croisiéristes américains, j’en propose une vision très personnelle éloignée d’une narration traditionnelle documentaire ou photo-journalistique. Le choix du noir et blanc se révélant être une évidence.
Comme dans un conte, une croisière hors du temps où chacun peut se raconter sa propre histoire…

 

« Le voyage auquel nous convie Pierre Gély-Fort tient plus du cauchemar que de la partie de plaisir.

Dans ce paquebot aux allures de bunker, les croisiéristes ressemblent à des bagnards enfermés dans un environnement factice où dégouline l’infatuation et la satiété.

On se met en scène béatement, goulûment, dans un décor de carton-pâte qui ne fonctionne que comme un miroir opulent de la réussite sociale et du bonheur matériel.

Le vaisseau est gargantuesque au point de phagocyter tout le champ de vision. Nulle perception du paysage extérieur, c’est à peine si on voit un bout de ciel ou de mer. Comme Patrick McGoohan dans « Le prisonnier », l’île-prison, le paquebot, est tout ce que les occupants ont la possibilité d’arpenter, de contempler et de consommer.

Toute autre forme de rêve leur apparaît non seulement comme proscrite mais aussi comme futile. Dans ce navire dont le gigantisme anesthésie tout le hors-champ, ceux qui ont embarqué ont renoncé à leur caractère individuel pour se fondre dans le moule d’une classe de privilégiés. Seule condition : be happy !

Derrière leur apparente innocuité, les clichés de Pierre Gély-Fort portent un regard sans complaisance sur un univers où tout concourt à réduire les êtres au rang de consommateurs serviles et niais.

A l’extrême opposé d’un reportage photo-journalistique, Pierre découpe minutieusement au scalpel sa vision très personnelle d’une pâleur incandescente. Délaissant la couleur à laquelle il nous avait habitués lors de ses voyages poétiques dans des pays lointains, il a opté pour un noir et blanc radical, fortement contrasté, clinique.

L’objectif n’est pas de magnifier, d’humaniser le récit, mais bien de démystifier cette croisière qui certes s’amuse, mais comme un poisson séquestré dans son bocal. »

Paulo Lobo
Journaliste & Photographe

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