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Gilles Coulon

Gilles Coulon, membre du Collectif Tendance Floue, a étudié la photographie à l’Ecole Nationale Louis Lumière à Paris. Il collabore régulièrement avec la presse, les agences de publicité, les entreprises ou les institutions pour la réalisation de nombreux projets photographiques. Dès 1988, il puise en Afrique.

En 1997, il est Lauréat du World Press Photo dans la catégorie Daily Life pour son travail sur la transhumance des peuls entre le Mali et la Mauritanie. Dès lors, il se met en quête d’une poétique nouvelle.

En 2006, les photographes du projet France 14, dont il fait partie, sont sélectionnés par Raymond Depardon pour les Rencontres de Arles.  Il en découlera un livre collectif intitulé F14 édité aux éditions Trans Photographic Press. .

De 2011 à 2014, il fait partie de la mission France(s) territoire liquide soutenue par le Ministère de la Culture et la DATAR. Quarante-trois photographes se sont autosaisis d’une mission inscrite dans une forte tradition, celle de dire un pays sans le figer et d’appréhender ses réalités contemporaines. Pour Arte, il fait partie des 3 photographes sélectionnés pour jeter un regard quotidien sur la campagne présidentielle de 2012.  Gilles Coulon contourne les rituels de l’image d’actualité pour montrer la folle accélération de ces derniers instants.

En 2015, Il est sollicité par le Barreau de Paris pour une campagne de sensibilisation à l’accompagnement juridique.

En 2016, avec Extime, il est l’un des lauréats de la commande publique du Centre National des Arts Plastiques. Ses portraits monumentaux ont été exposés dans plusieurs lieux publiques et festivals photographiques.

En 2017, Hiver(s) est exposé à la Bibliothèque Nationale de France à Paris dans le cadre de Paysages Français, une exposition qui regroupe plus d’une centaine de photographes dont Raymond Depardon, Lewis Baltz ou Elina Brotherus. Certaines de ses œuvres font l’objet d’acquisition par la BNF pour sa collection publique. 

Entre 2017 et 2019, il expose également à Paris et dans les Instituts Français de plusieurs pays d’Afrique, Transhumance, Mobilité à Risques. 

Fin 2017, il est Lauréat du Prix Eurazéo sur la thématique « ré-enchanter l’entreprise », son travail Rebirth est exposé à la Maison Européenne de la Photographie à Paris en 2018.

Début 2018, il est en résidence à Vichy pour le Festival Portrait(s), son travail Entrevue est exposé lors de la 5ème Edition du festival. 

Depuis plus de dix année maintenant, il est mandaté par l’Opérateur du Patrimoine et des Projets Immobilier de la Culture et documente le suivi de chantiers d’envergure tels que la réhabilitation du Théâtre Napoléon III du Château de Fontainebleau et du Manège de Sénarmont, ses photographies sont publiées dans un hors-série de Beaux-Arts Magazine sur le Théâtre Impérial du Château de Fontainebleau. Ses travaux personnels font partie des collections publiques du Fond National d’Art Contemporain, de la Bibliothèque Nationale de France, du Musée de la Marine, de l’Artothèque de Rome et de diverses collections privées.

GENS D’ICI

La résidence d’artiste me tétanise. C’est un exercice difficile car il me place dans une unité de lieu et de temps, moi qui ne peux rester à la même place plus de dix minutes. Je le ressens comme une assignation dans un espace borné, un cadre contraint, avec au bout, la nécessité de rendre compte. Un exercice difficile donc. Je suis arrivé au Guilvinec un soir d’hiver. Je me suis garé devant le bar l’Océan. Les bars, c’est bien pour faire connaissance avec une ville, surtout dans les ports. Michel et René-Claude m’attendaient là. On a bu un pot, comme on dit ici, et ils m’ont montré ma résidence, un appartement face à l’océan. J’ai tout de suite été happé par quelque chose de sauvage, de puissant et de très serein aussi. Un sentiment de plénitude qui remplissait un peu ma peur du vide et l’angoisse de refaire encore et encore ce qui a déjà été fait mille fois en photographie. C’est toujours la même magie qui opère. Il faut attendre un peu. Accepter quelques nuits blanches rongé par le doute. Qu’est-ce que je fais là ? Et puis, ça vient. C’est comme si on rebranchait chaque petit fil électrique qui nous relie aux autres, au territoire. Lentement, le courant se remet à circuler, ça picote un peu au début et puis on y va. Je suis rentré dans le Guilvinec en poussant les portes de la criée. Là, j’avais envie d’être celui qui conduit le Fenwick, celui qui organise la vente, celui qui tire les bacs à poissons, et puis aussi celui qui les découpe, la femme qui les trie et celle qui sert le café au petit bar juste en face. J’avais aussi envie d’être le rocher sur lequel les vagues viennent se rompre, la grande digue qui invite à prendre le large, le phare rouge qui veille sur le Guilvinec. J’avais envie d’être tout car tout est au même plan ici, tout est à la bonne place. Il n’y a pas de gradation face à l’océan, pas de hiérarchie, tout le monde est à son poste, chacun connait sa partition. Et chacun sait se taire, faire le gros dos et attendre quand il est déchaîné. J’ai commencé par photographier tout. Tous ces gens, tous ces paysages, un peu comme un inventaire. Quelque chose de compulsif et d’un peu mécanique. Le jour, la nuit. La pluie, le soleil. Le ciel et la mer. Au fil des jours, j’ai compris le rapport que les gens entretiennent avec cet endroit. Il y a ceux qui sont nés là et les autres, ceux qui s’y sont installés. Ils ont souvent du mal à décrire et à définir les raisons qui les ont amenées là. C’est de l’ordre du mystique ou du magnétique. Raconter les jeunes mareyeurs nouvellement installés, les montrer tutoyant les anciens pécheurs qui inlassablement reviennent à la criée comme à un rendez-vous d’amour. Willem, le charpentier fraîchement débarqué de Dunkerque qui discute avec Valérie qui tient l’Océan, le bar du port de pêche. C’est là que chaque jour les ventes se font et se refont une fois la criée fermée. Au hasard de mes rencontres, je souhaite témoigner en image des gens d’ici et d’ailleurs qui créent et font vivre ce lieu singulier. Comme un carnet de voyage, une ode au vivant, ponctuée de portraits et de paysages qui rendraient compte de la force poétique de ce bout de monde.

Gilles Coulon

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