Menu

Gilles Coulon

Né en 1966, à Nogent-sur-Marne, Gilles Coulon est membre de Tendance Floue. Son travail a trois âges. Entre 1990 et 2002, il puise en Afrique les sujets de plusieurs années de reportages. La rencontre avec le Mali donne naissance à plusieurs histoires photographiques. «Avoir 20 ans à Bamako» embrasse l’énergie de la jeunesse malienne, «Delta» plonge dans les méandres des habitants des rives du fleuve Niger, et «Un président en campagne» suit, en 1997, la tournée électorale d’Alpha Oumar Konaré. A partir des années 2000, il s’éloigne de la forme documentaire et se met en quête d’une poétique nouvelle. Il en ressort «White Night», un travail sur les néons, photographies piochées pendant ses voyages à travers le monde. Une forme de déambulation nocturne à la recherche d’une lumière universelle et suggestive. Gilles Coulon prend ensuite le chemin d’une autre composition. Écartant définitivement la «belle image» singulière, il cherche, à travers des séries, à construire un questionnement.

QUAND LE CIEL

Gilles Coulon est arrivé un soir d’hiver. Quand le ciel était noir. Il est rentré dans Le Guil en poussant les portes de la criée. Là, il voulait être celui qui conduit le Fenwick, celui qui tire les bacs à poissons, et puis aussi celui qui les découpe. La femme qui les trie, celle qui les nettoie, l’autre qui les emballe. Dehors, il voulait aussi être le rocher sur lequel les vagues se rompent, la grande digue, le phare qui veille. Il voulait être tout car tout est au même plan ici, tout est à sa place. Il n’existe pas de hiérarchie. Chacun sait se taire et se soumettre quand l’océan se ligue avec le ciel pour imposer sa loi. Attendre. Attendre qu’il se calme. Attendre, attendre tous les soirs le retour des côtiers, scruter l’horizon, attendre la pêche, l’espérer. En hiver et au printemps dernier, Gilles Coulon s’est installé au Guilvinec pour apprendre à le connaître, pour le déchiffrer. Il est entré dans son ventre tôt le matin, pour assister à la vente à la criée. De sa fenêtre, il a observé le ballet des camions frigos, la tempête et les vagues qui s’invitent jusque dans la ville pour lécher les pieds des immeubles. Il a photographié la ville fantôme quand le ciel était sombre et les gamins qui plongent du haut du rocher quand le ciel était bleu. Gilles Coulon a photographié les gens, les paysages, la pêche au chalut et à la bolinche. D’une manière un peu compulsive et mécanique. Comme un inventaire. Le jour, la nuit. La pluie, le soleil. Le ciel, la mer. Au fil des jours, il a rencontré les gens d’ici. Ceux qui sont nés là et ceux d’ailleurs. Avec ce travail, il nous offre une ode au vivant, un carnet de voyage, ponctué de portraits et de paysages qui rendent compte de la force poétique de ce bout de monde.

Découvrez les autres photographes